Où m’a menée la course à pied ?

Détester la course à pied a longtemps été un trait de ma personnalité. Dans ma vingtaine, j’ai couru pour maigrir dans l’espoir que mon corps prenne moins de place. Mes sorties pouvaient s’étirer jusqu’à 1h30 sans échauffement ni progressivité car j’avais lu dans Injonctions Magazine que c’était le sport qui faisait brûler le plus de calories.

Sans surprise, j’ai flingué mes genoux et j’ai fini par chouiner dans le cabinet d’un médecin qui m’a parlé d’essuie-glace en faisant le contrôle technique de ma personne. Il ne m’en a pas fallu plus pour ranger mes baskets et par la même occasion, me ranger à l’avis des gens qui s’égosillent à dire que courir c’est pas bon pour les articulations.

La course à pied pour rompre la sédentarité

En septembre 2024, j’ai cédé au lobbying du triple marathonien avec qui je vis. Foulée après foulée, il s’est attelé à déconstruire l’idée à chier que je m’étais faite de la course à pied. Parallèlement, j’ai pris conscience de ma sédentarité à cause d’une insolente montre connectée qui crie BOUGEZ ! quand je suis trop longtemps assise.

Pile poil le genre de gadget que je refusais d’avoir car vous comprenez, je n’ai pas besoin d’un objet au poignet pour savoir si je suis en bonne santé. La vérité c’est qu’elle m’a mise devant les faits accomplis : il m’arrivait de marcher à peine 2500 pas dans la journée, parfois plusieurs jours d’affilié. Pardon, quoi ? Moi sédentaire alors que je dansais en moyenne 4h30 par semaine à cette époque-là et que je faisais du renfo à la maison ?

C’est la triste réalité : avoir le séant vissé sur une chaise de longues heures quotidiennement, a fortiori quand on travaille de chez soi, c’est inexorablement devenir sédentaire si on n’ajoute pas intentionnellement du mouvement quelque part entre le réveil qui sonne et l’extinction des feux. Voilà comment j’en suis arrivée à reconsidérer la course à pied avec comme ambitions :

  • d’augmenter mon nombre de pas hebdomadaires
  • d’avoir une activité physique qui m’oblige à mettre le nez dehors
  • d’améliorer mon cardio et mon endurance

Mon objectif était de maintenir le rythme de deux sorties par semaine. J’ai commencé en alternant 3 minutes de course et 1 minute de marche le premier mois, piétinant mon orgueil à une allure de 8:30/km. Petit à petit, j’ai rallongé les temps de course en maintenant la minute de pause, jusqu’à me sentir capable de courir confortablement sans discontinuer. Ça n’a pas été de tout repos pour mon ego d’en passer par cette phase d’initiation alors que je me jugeais relativement sportive par ailleurs ; mais j’ai écouté les sages conseils de mon coach personnel pour laisser à mon corps le temps de s’habituer à cet effort.

Bien débuter la course à pied

Si autant de gens se blessent en débutant la course à pied, c’est parce qu’on imagine à tort que courir c’est juste une histoire de cardio. Tout le monde sait mettre un pied devant l’autre en rebondissant joyeusement sur ses ASICS GEL-NIMBUS 28, non ? On se lance sans attendre sur des parcours de plusieurs kilomètres avec toute la prétention du monde et après on s’étonne de découvrir l’existence du périoste.

Laissez-moi vous le dire si personne ne l’a déjà fait : la clé pour ne pas se cramer s’appelle la progressivité. Quand on commence à courir, c’est d’abord le système cardiovasculaire qui s’adapte, puis les muscles et enfin les tendons. Ces derniers, il leur faut plusieurs semaines voire plusieurs mois pour supporter les contraintes qu’ils subissent à chaque foulée répétée.

J’ai été un modèle d’exemplarité en respectant cette fameuse progressivité. Au fil des semaines, j’ai senti que mes fléchisseurs de hanche, les muscles qui stabilisent le bassin, pouvaient de mieux en mieux encaisser mes sorties et que ô surprise, je n’avais aucune faiblesse irrémédiable aux genoux qui m’empêcherait fatalement de courir sans douleurs. Mais, il y a un mais.

Douleurs et autres contrariétés

Des pieds qui s’engourdissent. Des fourmillements parfois incommodants au point de devoir s’arrêter. J’ai d’abord pensé que c’était à cause des chaussures : j’ai changé de baskets et testé un type de laçage qui limiterait la compression mais rien n’y a fait.

Dans le même temps, je traînais depuis deux ans des douleurs dans la fesse gauche qui ressemblaient à un syndrome du piriforme, auto-diag. Le piriforme est petit muscle du fessier qui sert à stabiliser la hanche et permettre sa rotation externe. S’il est trop contracté, il peut comprimer le nerf sciatique qui passe à proximité et provoquer des engourdissements le long de son trajet.

Après quelques séances chez un kiné du sport que j’ai trouvé incompétent et un rendez-vous chez un ostéopathe que j’ai détesté, j’ai vu un médecin du sport. Tout un tas d’imageries et d’explorations plus tard, entre autres choses pour écarter la piste des maladies inflammatoires ou auto-immunes, le verdict est tombé et porte le doux nom de sacro-iliite. C’est-à-dire une inflammation des articulations sacro-iliaques, celles qui font la jonction entre la base de la colonne vertébrale et le bassin.

Comment j’ai atterri dans une salle de sport

Forte de ces conclusions et délestée d’un sacré paquet de thunes au passage parce que j’avais une mutuelle d’indépendante pourrie, j’ai été suivie pendant cinq mois par une kiné du sport dans un centre qui accompagne tous les publics mais spécifiquement les athlètes. Non pas que je me considère comme telle mais j’étais rassurée d’être prise en charge dans un lieu qui soignent celles et ceux dont le corps est un outil de travail.

Des tests ont montré un déséquilibre de force entre ma jambe gauche et ma jambe droite de l’ordre de 70/30% – comprenez que la gauche était pas loin de porter tout le poids du monde quand la droite se tournait carrément les pouces. L’objectif de la rééducation était donc de redistribuer équitablement la charge de travail grâce à du renforcement musculaire.

Squats pistol, fentes bulgares, leg press, leg curl et autres châtiments corporels combinés à des exercices de mobilité, la kiné ne m’a rien épargné. Chaque séance était plus cruelle que la précédente. J’y allais en sachant que j’allais souffrir le martyre et je n’écris pas ça juste pour l’effet de style. Un jour elle m’a dit : il faut que t’ailles à la salle Laëtitia, tu ne peux pas rester assise 7 heures par jour, puis sauter dans tes talons de 10 pour danser plusieurs heures par semaine, et penser que ton corps pourra encaisser les doigts dans le nez. Elle n’a pas dit les doigts dans le nez mais je suis sûre que le coeur y était.

Sans ça, je n’aurais sans doute jamais mis les pieds dans ce genre d’endroit de mon plein gré mais j’ai réalisé que pour développer la masse musculaire dont j’ai besoin pour me débarrasser de mes douleurs chroniques, je devais soulever lourd. Mon erreur a été de longtemps croire que je serai faite de la même substance que mes 25 ans pour environ toujours et qu’un peu de renfo à la maison avec des petits poids de 5 kilos suffisait largement.

Fibrome, anémie et chute de cheveux

Ces pérégrinations médicales ont permis la découverte fortuite d’un fibrome utérin. Le compte rendu aussitôt reçu, je me suis empressée de fouiller internet et en quelques tapotis du bout de mes ongles trop longs sur mon téléphone du bout de mes ongles trop longs, j’ai compris.

Mes règles excessivement abondantes accompagnées de douleurs pelviennes qui obligent à rester en position latérale de sécurité jusqu’à ce que l’Antadys fasse effet, ne sortaient pas de nulle part. J’avais commencé à observer ces symptômes un an plus tôt mais comme on nous dit que c’est naturel d’avoir mal de posséder un utérus, je n’ai pas consulté. Toute résignée que j’étais, à accepter que désormais j’aurai envie de crever à chaque début de cycle.

Perdre de grandes quantités de sang a entraîné une anémie, qui elle-même a entraîné une chute de cheveux doublée d’une certaine fatigabilité. Subitement, tous mes maux avaient un sens ; interconnectés les uns aux autres dans un jeu de domino pas très fun. Il aura fallu une myomectomie et une cure de fer de cheval pour me remettre d’aplomb.

Aujourd’hui, je vais mieux grâce à la médecine et un peu grâce à la course à pied aussi, que je continue de pratiquer sans pression, à mon rythme. Il existe un monde probable où jamais je n’achète ces GEL-NIMBUS 28 qu’il aurait été préférable de ne pas choisir noires, un monde où je procrastine pour une durée indéterminée à prendre en main ma santé, au risque qu’elle empire.

Que ça me serve de leçon pour la prochaine fois et à vous aussi. Écoutez ce que votre corps essaie de vous dire et prenez soin de lui – c’est votre maison pour la vie. Il mérite.

Photo de couverture : Venti Views.

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